
mardi 12 et mercredi 13 avril à la Comédie de Caen, Théâtre des cordes
Spectacle accueilli en co-réalisation avec la Comédie de Caen, Centre dramatique national de Normandie
création et interprétation Philippe Ménard assisté de Jean-Luc Beaujault création lumière Robin Decaux régie lumière Alice Ruest musique et espace sonore Ivan Roussel régie plateau, manipulations Pedro Blanchet régie des glaces en alternance Jean-Luc Beaujault et Rodolphe Thibaud construction des robots Philippe Ragot scénographie Philippe Ménard et Jean-Luc Beaujault
Avant-propos à P.P.P.
Avant toute chose, il est important de situer cette création dans son cheminement. Chaque création est pour moi un puzzle se dessinant de manière souvent anarchique, les morceaux le constituant s’inscrivant au fil du temps et de certains événements. Ainsi le point de départ de ce puzzle qu’allait devenir P.P.P. m’est apparu lors d’une tournée du spectacle Ascenseur, fantasmagorie pour élever les gens et les fardeaux en mai et juin 2006 dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Je rencontrais des problèmes pour donner convenablement le spectacle car les salles n’étaient pas climatisées. Pour tenter de faire baisser la température excessive au plateau nous avons utilisé des blocs de glace et des ventilateurs : un échec cuisant ! Malgré cela mon regard s’est porté sur la présence de cette matière qui s’est transformée en flaques d’eau… Peu de temps après, un deuxième élément du puzzle m’est apparu lors de mon déménagement d’une maison spacieuse pour un appartement plus petit. Je tirais rapidement un constat : trop de choses accumulées, des objets divers et variés qui ne trouveraient pas de place dans le nouvel appartement. Il fallait me débarrasser du trop plein, mais que choisir tant ces choses sont liées à des souvenirs ! Comment accepter de se débarrasser de certains de ses souvenirs ? Une question me tracassa alors : comment continuer à vivre sans porter le fardeau de trop de souvenirs voire même de nostalgie ? Peut-être alors me faudra-t-il les laisser fondre pour pouvoir en conserver de prochains ?….
Propos de P.P.P.
Je suis sur les traces d’une écriture au langage simple, celle d’un être seul en scène. Un bref arrêt du temps pour évoquer une transformation dans une chorégraphie liée aux éléments glacés qui l’entourent. Un chemin traditionnel avec une narration perceptible. Un être seul dans un espace vidé, comme un logement après le passage des huissiers, plus rien hormis des congélateurs, tels des malles renfermant un trésor, mais lequel ? Que renferment ils au juste ? Des objets ? Des denrées ? Un corps, peut-être ? Là se joue le bras de fer de notre curiosité, celle de connaître son histoire secrète, une part de son intimité… Laissons la place aux gestes d’un être solitaire questionnant son identité telle une quête pour pouvoir continuer à vivre. Un être jonglant, manipulant des objets congelés qui fondent, se transformant au contact de la peau et de l’air, laissant apparaître petit à petit une marre d’eau telle un bassin de larmes… Peut-être est-ce une métaphore de nos traces ? Pour cette création, je puise mes inspirations dans les sensations et questionnements accumulés durant ces dix dernières années à parcourir le globe lors de tournées, ces moments où ma peau d’homme devenait insupportable, où je me sentais une femme travestie en homme dans le jeu des mâles. Dès mes premières créations, cette question de l’identité du genre n’a cessé de revenir comme une partie importante de ma réflexion artistique, certains films tel "l’année des 13 lunes" de Rainer Werner Fassbinder, entre autres n’ont cessé de réanimer mon questionnement. Pour cette création intime, je désirais revenir à la jonglerie comme fondement d’écriture, non pas comme un retour sur un ancien chemin mais avec l’envie de porter sur scène un autre regard sur le jonglage par l’intermédiaire d’une matière bousculant mes connaissances. Jongler de la glace est plus qu’un défi, c’est un dialogue avec une matière se transformant à chaque instant. Du bloc congelé à la flaque d’eau, un parcours semé d’obstacles qui finit toujours par vous ramener à la Position Parallèle au Plancher !
"Le cirque, le jonglage, c’est le moyen que j’ai trouvé pour répondre à mon besoin d’écrire ce que je vis et de le renvoyer dans le monde dans lequel je vis." Philippe Ménard
Philippe Ménard découvre en 1991 le jonglage dans les ateliers de la Cie Archiballes. L’année suivante, lors des Rencontres Européennes de Jonglage, il rencontre le travail de Jérôme Thomas dont il suit les enseignements. Il intègre sa compagnie en 1995. Avec sa cie Non Nova en 1996, il développe ses propres recherches Non nova, sed nove (Nous n’inventons rien, nous le voyons différemment), Le Grain (1998), Ascenseur ? (2001), Fresque et sketches premier round (2002), Zapptime, rêve éveillé d’un zappeur (2003), Jongleur pas confondre (2004) et Fresque et sketches second round (2005) puis Zapptime#remix (création 2005 présentée aux Subsistances au Week_End Ça Monstre ! en avril 07).
production, Non Nova coproduction, Cirque Jules Verne d’Amiens coproduction et résidence, Les Subsistances, Lyon
Rencontre avant-spectacle le 13 avril à partir de 18h30 au Théâtre des Cordes. Cette rencontre est animée par Eric Vautrin, maître de conférence en études théâtrales à l’Université de Caen Basse-Normandie.