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Aux innocents les mains pleines est la troisième création de votre compagnie. Quelle en a été la genèse ?
Marie-Laure Baudain : Après les deux premières créations – un solo puis un duo – m’est venue l’envie de retrouver une bande sur scène, et de faire groupe, faire chœur. On voit assez peu de spectacles avec plusieurs clowns au plateau. Cela me permet d’évoquer la hiérarchie chez les clowns (clown blanc, Auguste, pitre, contre-pitre, etc.), et de voir comment cette mini société fonctionne : qui a le pouvoir, qui impulse des actions et qui les suit. Nous serons cinq au plateau et je suis à la fois interprète et metteuse en scène. Le titre vient d’une expression de ma grand-mère, qui catalyse bien ce que j’aime dans le clown, comme l’innocence et la naïveté. Finalement, c’est peut-être chez ceux qu’on croit les plus inadaptés que l’on trouve le plus de richesses, de bonté, d’humanité et de poésie.
Vous revisitez l’art du clown du cirque traditionnel mais pas seulement, puisque vous aimeriez inviter des majorettes au plateau…
MLB : J’aimerais beaucoup travailler avec des clubs de majorettes locaux qui seraient intergénérationnels. Leur discipline, qui appartient à la fois à l’espace public et à l’espace artistique, disparaît alors même qu’elle est ritualisante et dans la transmission. Je leur consacre un tableau isolé, une féerie qui débarque soudain dans la salle, à la grande surprise des clowns. Lorsqu’elles quittent le plateau, ils se demandent s’ils ont rêvé. Il ne s’agit pas d’un spectacle mélancolique ou nostalgique. Mais je dresse un constat sur un cirque d’autrefois qui tend à disparaître, et notamment les clowns, qui faisaient les entrées et les intermèdes pour distraire le public. Nous allons donc revisiter ces entrées classiques pour redonner vie à une photographie qui s’estompe avec le temps.
Musique, costumes, inspiration cinématographique – de Fellini à Bruno Dumont. Comment décririez-vous vos choix de mise en scène ?
MLB : Nous travaillons sur des trompe-l’œil visuels, tout en assumant de montrer les ficelles au public. Il y a un côté artisanat, voire arte povera, où l’on crée par exemple un géant dégingandé avec deux fois rien. Nous développons une scénographie mouvante, à l’image des costumes, très importants dans cette pièce. Notre costumier, qui travaille de beaux tissus, joue des différences de taille entre nous et remet à l’honneur le costume traditionnel avec des clins d’œil aux Augustes, instinctifs et triviaux, ou au clown blanc, davantage dans la maîtrise. La musique sera interprétée par un accordéoniste, que je transforme ici en véritable homme-orchestre avec grosse caisse, cymbales, etc. Enfin, dans l’idéal, ce spectacle est voué à être joué sous chapiteau… un décor à lui tout seul !
PRODUCTION
Quai des Arts, Argentan ; Le Podium, Les Pieux ; Théâtre de La Renaissance, Mondeville ; La Brèche, Pôle National Cirque de Normandie / Cherbourg-en-Cotentin ; Théâtre Le Piaf, Bernay
SOUTIEN
Région Normandie, DRAC, Ville de Caen, Département du Calvados, Théâtre de l’Étincelle, Rouen