PAN sera le deuxième spectacle de votre compagnie. De quelles envies est-il né ?
Fanny Alvarez : Après FEU, interprété avec deux musiciens, j’avais envie de partager le plateau avec une comédienne que j’apprécie beaucoup, Léa Romagny. J’aime mélanger les disciplines, c’est comme une évidence : cela me fait sortir de ma zone de confort et on se contamine l’une l’autre. Et puis j’ai également invité Inga Huld Hàkonardòttir, une amie danseuse et chanteuse avec qui j’avais déjà travaillé pour la compagnie non nova-Phia Ménard. D’autant que nous partageons toutes un point commun : le sport ; le spectacle sera très physique. Dans son écriture, les notions de jeu et d’interactions avec le public se sont vite imposées car nous devons nous entraîner à mourir ! C’est une sorte de pied de nez au climat morbide actuel…
Comment se déroule l’écriture de ce spectacle ? S’opère-t-elle directement au plateau ?
FA : Lors de notre première rencontre à trois, nous sommes parties d’improvisations à partir de questions ouvertes sur le thème de la mort, en nous inspirant des « cafés mortels »*. Nous voulons travailler avec la notion de hasard, liée au jeu. Chaque résidence sera l’occasion de montrer au public comment on utilise cette part d’aléatoire dans la construction du spectacle. On sait déjà que nous travaillerons avec beaucoup de vêtements qui pourront évoquer diverses créatures, des fantômes ou la mort elle-même. Pour la scénographie, j’aimerais reproduire la piste de cirque sur le plateau, peut-être avec des bottes de paille en cercle, parce que la notion de mort est omniprésente au cirque. Nous préparerons une vingtaine de numéros à l’avance sur ce thème, et ce sont les spectateurs qui tireront au sort ceux qui seront joués.
* rencontres conviviales, dans les bistrots, pour parler de la mort sous tous ses aspects.
Chaque représentation de PAN sera donc différente ?
FA : Ces numéros traiteront de la mort de manière différente, métaphorique, poétique ou pragmatique. Et le tirage au sort décidera donc de la dizaine de numéros à réaliser, et de leur ordre. Chaque représentation sera une expérience à part entière. En même temps, qui dit jeu dit triche et forcément, à un moment, nous nous amuserons des règles que nous nous sommes imposées. C’est un peu la raison du choix du titre, que je choisis toujours assez tôt dans le processus de création. PAN revêt une couleur enfantine, cela signifie d’une part le tout, donc la vie, d’autre part une partie d’un tout, par exemple un pan de mur. Il se trouve que PAN a trois lettres, et nous sommes trois, avec trois disciplines et trois modes d’action différents : les mots, le corps et le son – à travers le chant.